COUP DE POKER, l’ascension de la Soufrière !
Vous partez de SAINT CLAUDE, accrochée sur son ventre, à mi-chemin entre sa base, au ras de l’eau, à BASSE TERRE, et le sommet, à 1467m, il fait beau. MAIS, vous avez déjà vu que « Vié madam’ la » (la vieille Dame) a la tête dans les nuages : mais oui, c’est une rêveuse, ça lui arrive TRES SOUVENT. Seulement, il est très tôt, alors vous vous dîtes que « ça va se lever » ! C’est parti !!
Vous arrêtez la voiture à BAINS JAUNES, altitude 900m (au fait, n’oubliez pas le maillot de bain : qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige, vous pourrez vous baigner dans une délicieuse eau tiède. D’accord, le plus dur, c’est de sortir ensuite !).
Comme leur nom l’indique, les bains ETAIENT jaunes, autrefois parce que la Soufrière, comme son nom l’indique, crache du… SOUFRE. Mais elle fait comme tout le monde : pas toujours la même chose ! Alors, elle ne crache pas tout le temps ni toujours au même endroit, non, mais !
Re-au fait : n’oubliez pas le coupe-vent lorsque vous partez en montagne, même dans les pays chauds : là-haut, il fait FROID, le vent est violent et si, en plus, vous avez la chance d’arriver en même temps que le nuage, on vous entend claquer des dents jusque sur le continent (comment ça, je suis de Marseille ? non, non !).
Il y a encore 3 ou 4 ans, on montait en voiture jusqu’à la Savane à mulets (1100m) mais les éboulements ont coupé la route, elle a été dégagée mais reste fermée, trop dangereuse, le terrain est instable. Vous avez donc 200m de dénivelée supplémentaires sur un sentier aménagé comme une autoroute (i raid’ mêm’ !) mais qui me semble la partie la plus pénible, niché dans la forêt tropicale.
Donc, vous partez d’un bon pas : vous en avez pour 2h de grimpette !
Tout à coup, (enfin, quand votre altimètre vous indique que vous avez déjà bien transpiré !), au-dessus de votre tête, une trouée de lumière : vous avez réussi la 1e étape ! Du sous-bois moite et sombre, vous surgissez sur le plateau pelé, vous rattrapez la route et en quelques 300m, vous découvrez le grand parking, devenu inutile, de la Savane à mulets.
Délicatement posé sur cette plate-forme, un cône particulièrement reconnaissable au sommet rectiligne hérissé de 2 pitons et d’un petit nuage de vapeur : la Soufrière !
Des panneaux indiquent qu’il est interdit de monter au sommet, à cause de projections de vapeurs acides, la municipalité se dégage de toutes responsabilités ! Vous montez quand même (têtes de mules !). C’est vrai que sur le sentier, nos narines sont caressées, de temps à autres, par des relents de soufre et quelquefois, nos yeux picotent.
Ben, vlà qu’il pleut ! Nous sortons nos « imper » mais, ici, c’est comme en Normandie : ce n’est pas un misérable déluge qui va nous empêcher de vivre ! Nous croisons des randonneurs déjà sur le chemin de retour : « On ne veut pas vous décourager… mais on ne voit rien là-haut ! » Comme on s’en doutait vaguement, le traumatisme est supportable, hauts les cœurs !
Nous rencontrons des ananas-montagne avec leur jolie fleur rouge, des fougères variées, des mousses qui vous donneraient envie de vous y vautrer si elles n’étaient pas en position presque verticale, nous passons des éboulis, une faille toute jaune de soufre.
Le sentier s’étire puis, nous escaladons des rochers : on arrive sur le sommet émoussé, attention, ce n’est pas le point culminant ! Nous passons près du refuge : beurk ! Il ne donne absolument pas envie de passer la soirée là !
Quelques mètres encore et nous voilà au point culminant, « La Découverte » -1467m- Et zut, on a oublié le drapeau ! C’est là, le point le plus venté, le plus « frisquet », on est presque déséquilibré.
On continue (il y en a des trucs à voir sur la Soufrière !) vers les cratères –mais oui, elle est trouée comme une passoire !- Glups ! On ne peut plus s’approcher des cratères, ils sont entourés de barrières : les projections de vapeurs acides sont dangereuses, les yeux et le fond de la gorge picotent.
On prend la photo au pied du piton : souvenirs, souvenirs… pour nos vieux jours, quand nos articulations chantant groïn-groïn nous empêcheront d’y monter !
Depuis les évènements de 1976, la Vieille Dame est surveillée de près par les vulcanologues au centre de Gourbeyre, les moindres vibrations sont enregistrées –et il y en a beaucoup-, les déformations, les émanations sont détectées, analysées. De nombreux instruments de mesure sont installés un peu partout.
Il n’y a plus qu’à redescendre, et ce n’est pas plus facile !
Maintenant, c’est nous qui croisons ceux qui montent : et vous n’avez pas de coupe-vent ? Bon courage pour affronter le petit air, là-haut ! Ah, vous arrivez de Pologne? Alors, tout va bien !
Attention aux dérapages, aux petits amas de roches glissants, aux flaques de boue ! On regarde où on met ses pieds et, tout à coup, on aperçoit un beau point de vue dégagé, vite, la photo ! Le temps de sortir l’appareil, de l’ouvrir, la brume se répand : bof, on s’en contentera ! C’est tout de même dommage, par beau temps, la vue est vraiment magnifique : on découvre le littoral jusqu’à Gourbeyre.
Il y en a qui descendent très vite, ceux qui traînent et qui font des photos arrivent les derniers, comme d’habitude !
Et quand on se retrouve aux « Bains jaunes », qu’est-ce qu’on fait ? On se glisse dans l’eau tiède qui coule de la source dans le bassin ! Nos petits pieds qui viennent de souffrir pendant 4h, soupirent d’aise. On se régale, on se détend, on rigole mais il faut bien en sortir…
Allez maintenant, passons aux choses sérieuses : après l’effort, le réconfort ! On rentre à la maison où nous attendent le ti-punch, le boudin et les acras… Elle est pas belle la vie ?